Inde : le prochain moteur de croissance mondiale
Macroéconomie

Inde : le prochain moteur de croissance mondiale

L'équipe Odin29 décembre 2025
4 min de lecture
L’Inde s’impose comme le principal moteur de la croissance mondiale à l’heure où la Chine entre dans une phase de ralentissement structurel. Portée par un dividende démographique unique, l’essor de sa classe moyenne, une réindustrialisation accélérée et une infrastructure numérique de pointe, elle offre un modèle de croissance plus domestique et résilient. Cette dynamique s’accompagne toutefois de risques : valorisations élevées, dépendance énergétique et défis sociaux persistants. Pour l’investisseur, l’Inde représente une opportunité stratégique de long terme, à condition d’adopter une approche sélective et active.

L'Inde : La nouvelle locomotive mondiale est-elle enfin lancée ?

Pendant près de trente ans, l'histoire de la croissance mondiale s'est écrite en mandarin. La Chine, véritable "usine du monde", a tiré l'économie globale par ses exportations massives et une urbanisation à marche forcée. Mais en 2025, le récit change. Alors que l'Empire du Milieu doit gérer un ralentissement structurel et un vieillissement démographique accéléré, une autre puissance asiatique prend le relais avec une vigueur qui force l'attention des investisseurs.

L'Inde est désormais officiellement la nation la plus peuplée de la planète. Avec une croissance du PIB attendue entre 6,5 % et 7 % pour 2025 selon les dernières projections du FMI et de la Banque Mondiale, elle affiche un dynamisme qui tranche singulièrement avec la morosité des économies occidentales. Ayant récemment ravi au Royaume-Uni la place de cinquième puissance économique mondiale, elle vise désormais le podium d'ici la fin de la décennie, juste derrière les États-Unis et la Chine. Pour l'investisseur privé, ce basculement n'est pas anecdotique : il s'agit peut-être de la tendance lourde la plus significative de la décennie à venir.

Le dividende démographique : un moteur unique au monde

Le contraste est saisissant. L'Europe, le Japon, et désormais la Chine, font face à un vieillissement inéluctable qui pèse lourdement sur leur productivité et leurs systèmes sociaux. L'Inde, à l'inverse, entre dans sa phase dorée. Avec un âge médian de seulement 28 ans contre 39 ans en Chine et 44 ans en Europe occidentale, le pays dispose du plus grand réservoir de main-d'œuvre de l'histoire humaine. D'ici 2030, l'Inde ajoutera plus de 100 millions de personnes à sa population active, soit l'équivalent d'une économie comme celle du Japon.

Mais cette démographie ne se résume pas à une main-d'œuvre bon marché. Elle signale surtout l'émergence d'une classe moyenne consommatrice. Le passage d'un PIB par habitant de 2 500 dollars à 5 000 dollars est historiquement le seuil où la consommation des ménages explose, dépassant les besoins de première nécessité pour se tourner vers l'équipement, les loisirs et les services. Cette demande intérieure puissante permet à l'Inde de moins dépendre des exportations que ses voisins asiatiques, offrant un modèle de croissance plus résilient et auto-entretenu.

La révolution "Make in India" et le pivot géopolitique

Longtemps, l'Inde a brillé par ses services informatiques tout en péchant par son industrie manufacturière, souvent étouffée par la bureaucratie et le manque d'infrastructures. La donne a radicalement changé sous l'effet d'une volonté politique forte et d'un alignement des planètes géopolitique inédit. Dans un monde post-Covid fragmenté, les multinationales cherchent à réduire leur dépendance à la Chine en diversifiant leurs chaînes de production : c'est la stratégie dite du "China Plus One".

L'Inde se positionne comme la seule alternative crédible, capable d'offrir à la fois l'échelle et la stabilité démocratique nécessaires aux grands groupes internationaux. L'exemple d'Apple est emblématique : le géant californien fabrique désormais une part croissante de ses iPhone de dernière génération sur le sol indien. Ce mouvement d'industrialisation est massivement soutenu par le gouvernement via les incitations liées à la production (PLI), des subventions ciblées qui transforment le pays en hub d'exportation pour l'électronique, la pharmacie ou encore les batteries.

Le saut technologique : bien plus que de la sous-traitance

Il est impératif de mettre à jour notre logiciel sur la technologie indienne. L'Inde ne se contente plus d'être le "back-office" informatique du monde. Elle a construit, en quelques années, une infrastructure numérique publique (DPI) qui n'a aucun équivalent en Occident. Le système de paiement unifié (UPI) traite aujourd'hui plus de 10 milliards de transactions par mois, digitalisant l'économie du vendeur de rue jusqu'au grand magasin de luxe.

Cette formalisation rapide de l'économie permet d'inclure des centaines de millions d'Indiens dans le système bancaire et fiscal formel. Couplée à des coûts de données mobiles parmi les plus bas du monde, cette infrastructure a fait de l'Inde un laboratoire mondial pour les usages numériques, favorisant l'éclosion d'un écosystème de start-ups vibrant qui attire désormais les capitaux du Venture Capital mondial se détournant de la Chine.

La "financiarisation" de l'épargne locale comme filet de sécurité

C'est un point technique crucial, souvent ignoré des investisseurs étrangers, qui explique la résilience récente de la Bourse indienne. Historiquement, les ménages indiens épargnaient traditionnellement en or et en immobilier. Aujourd'hui, une mutation profonde s'opère : l'épargne se dirige massivement vers les actions.

Des millions de petits épargnants investissent désormais mensuellement en Bourse via des plans programmés (SIP). Ces flux domestiques massifs et réguliers soutiennent le marché et agissent comme un amortisseur puissant. Même lorsque les investisseurs étrangers vendent, les institutionnels locaux achètent, rendant les indices indiens beaucoup moins volatils face aux chocs externes qu'il y a dix ans.

Des risques à ne pas ignorer

Malgré ce tableau flatteur, l'Inde reste un marché émergent avec ses défis propres, et l'investisseur doit rester lucide. La qualité a un prix, et le marché indien se paie cher, avec des ratios de valorisation souvent bien supérieurs à ceux des autres pays émergents. Ces niveaux exigent une croissance sans faille des bénéfices des entreprises ; le moindre dérapage pourrait entraîner des corrections.

Par ailleurs, le défi énergétique reste entier. L'Inde importe encore l'immense majorité de son pétrole, ce qui rend son économie sensible aux fluctuations des cours du brut. Enfin, si la classe moyenne urbaine explose, les inégalités restent profondes et l'Inde rurale fait face à des défis de développement considérables qui pourraient peser sur la stabilité politique à long terme.

La conviction Odin Capital

Chez Odin Capital, nous considérons que l'Inde est à la croisée des chemins. Elle combine aujourd'hui la démographie favorable de la Chine d'il y a vingt ans avec une maturité technologique en avance sur son temps. Ignorer l'Inde dans une allocation globale aujourd'hui revient à commettre la même erreur que d'ignorer la Chine en 2005 : c'est se priver du principal moteur de croissance de la décennie à venir.

Cependant, l'euphorie ambiante impose d'être sélectif. Il ne faut pas acheter l'indice aveuglément. Nous privilégions une approche active, via des fonds spécialisés capables de sélectionner les véritables bénéficiaires de cette transformation : les banques privées bien capitalisées, les champions de la consommation intérieure et les industriels exportateurs. S'exposer à l'Inde, ce n'est pas parier sur un miracle, c'est investir sur la seule grande économie qui n'a pas encore atteint son pic de productivité.


Article rédigé par César Durantin.